
L’amour
« Il faut d’abord voir les choses telles qu’elles sont. Mais en plus de cela, comment peut-on effacer toutes ces choses s’il n’y a pas d’affection, s’il n’y a pas l’amour, cette flamme sans fumée ? C’est cette flamme et elle seule qui balaiera le contenu du placard ; rien ni personne ; nulle analyse, nul sacrifice, nulle renonciation ne peut accomplir cela. Lorsqu’il y a cette flamme, ce n’est plus un sacrifice, une renonciation ; lorsqu’il y aura cette flamme, vous rencontrerez la tempête sans attendre qu’elle vienne. »
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Le silence
« Le rêve est une autre occupation de l’esprit, un symbole de son agitation. Le rêve est la continuation de l’état conscient, l’extension de ce qui n’est pas actif pendant le temps où nous sommes éveillés. L’activité des couches supérieures et inférieures de l’esprit se rapporte toujours à une occupation. Un tel esprit ne peut avoir conscience d’une fin que sous la forme d’un commencement prolongé ; il ne peut avoir conscience d’une fin, mais seulement d’un résultat, et le résultat est toujours continu. La recherche d’un résultat est la recherche de la continuité. L’esprit, l’occupation, n’a pas de fin ; et ce n’est qu’à ce qui a une fin que peut venir le nouveau, ce n’est qu’à ce qui meurt que peut venir la vie. La mort de l’occupation, de l’esprit, est le commencement du silence, du silence total. Il n’y a aucune relation entre ce silence impondérable et l’activité de l’esprit. Pour qu’il ait relation, il faut un contact, une communion ; mais il n’y a pas de contact entre le silence et l’esprit. L’esprit ne peut pas communiquer avec le silence ; il ne peut avoir de contact qu’avec un état qu’il nomme silence et qui n’est qu’une projection de lui-même. Mais ce silence n’est pas le silence, ce n’est qu’une autre forme d’occupation. Il n’y a silence que lorsque l’esprit cesse de s’occuper du silence. »
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La compréhension
« La compréhension vient par éclairs, et il doit y avoir des intervalles de silence pour que les éclairs aient lieu ; mais ceux qui ont l’esprit vif sont trop impatients pour permettre à ces éclairs de se produire. La compréhension n’est pas verbale, la compréhension n’a rien de commun avec la compréhension intellectuelle. La compréhension intellectuelle n’a lieu que sur le plan verbal, et ainsi il n’y a pas de compréhension du tout. La compréhension ne vient pas à la suite d’une pensée, car la pensée est verbale. Il n’y a pas de pensée sans mémoire, et la mémoire est le mot, le symbole, le processus créateur d’images. Sur ce plan, il n’y a pas de compréhension. La compréhension vient dans l’espace compris entre deux mots, dans cet intervalle qui précède le mot avant que celui-ci ne façonne une pensée. La compréhension n’est ni pour l’esprit vif ni pour l’esprit lent, mais pour ceux qui ont conscience de cet espace incommensurable. »
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La sagesse
« Mourir est instantané ; mourir n’est pas accumuler ; l’expérimentateur doit mourir à l’expérience. Sans expérience, sans connaissances, l’expérimentateur n’est pas. Savoir, c’est être ignorant ; ne pas savoir, c’est le commencement de la sagesse. »
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La vérité
« Si je peux me permettre de vous le conseiller, soyez ouvert, sensible, ayez une conscience totale de ce qui est d’un moment à l’autre. Ne vous entourez pas d’un mur de pensée indestructible. La félicité de la vérité apparaît lorsque l’esprit n’est pas aux prises avec ses propres activités et ses luttes. »
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L’austérité
« L’austérité ne réside pas dans un symbole ou un acte extérieur : porter un pagne ou une robe de moine, ne prendre qu’un repas par jour, ou vivre en ermite. Une telle simplicité disciplinée, si rigoureuse soit-elle, n’est pas l’austérité. Ce n’est qu’un spectacle pour l’extérieur sans réalité interne. L’austérité, c’est la simplicité de la solitude intérieure, la simplicité de l’esprit délivré de tout conflit, qui n’est plus la proie du désir, même le désir du plus élevé. Sans cette austérité, il ne peut y avoir d’amour. Et la beauté participe de l’amour. »
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L’éducation
« La vie intégrée et l’action constituent l’éducation. L’intégration ne se produit pas lorsque l’on se conforme à un modèle, qu’il s’agisse du sien propre ou celui de quelqu’un d’autre. Elle a lieu lorsque l’on comprend les nombreuses influences qui empiètent sur l’esprit. Il s’agit d’en avoir conscience sans se laisser prendre au piège. Les parents et la société conditionne l’enfant par la suggestion, par des désirs subtils et non exprimés, et par la contrainte, ainsi que par la réitération continuelle de certaines croyances ou dogmes. Aider l’enfant de prendre conscience de toutes ces influences, de leur signification psychologique profonde, et l’aider à comprendre les façons dont l’autorité se manifeste sans se laisser prendre dans le filet de la société, c’est cela l’éducation. Éduquer, ce n’est pas seulement donner au garçon une certaines technique qui lui permettra de trouver du travail, mais c’est plutôt l’aider à découvrir ce qu’il aime réellement. Cette notion d’amour n’existe pas si cet enfant recherche la réussite, la célébrité ou le pouvoir. Et l’éducation, c’est aider l’enfant à comprendre cela. La véritable éducation c’est la connaissance de soi. Et dans cette éducation n’entre ni l’enseignant ni l’enseigné, car seul compte le fait d’apprendre, et l’éducateur apprend autant que l’étudiant. La liberté n’a ni début ni fin. L’éducation, c’est de pouvoir le comprendre. »
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Intelligence
« L’ignorance est une chose et c’en est une autre que l’état du non-savoir. Elles n’ont aucun rapport. Vous pouvez être très instruit, doué, efficace et habile en même temps que parfaitement ignorant. L’ignorance va de pair avec la non-connaissance de soi. L’ignorant c’est celui qui n’a nulle conscience de lui-même, qui ne sait rien de ses propres mensonges, de sa vanité, de ses envies, ni de tout le reste. La liberté réside dans la connaissance de soi. Vous pouvez tout savoir des merveilles de la terre et des cieux et n’être pas pour autant libéré de l’envie, de la souffrance. Dès lors que vous dites « je ne sais pas », vous commencez à apprendre. Apprendre n’est pas accumuler, qu’il s’agisse du savoir, des objets ou des relations. Être intelligent, c’est être simple. Mais être simple est extraordinairement difficile. »
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Le conditionnement
« Lorsque l’esprit est déjà conditionné par une série de croyances, comment pourrait-il jamais découvrir la vérité en ce qui les concerne ? L’esprit, de toute évidence, doit d’abord se libérer de ses croyances, pour pouvoir ensuite en percevoir la vérité. Il est absurde qu’un chrétien se moque des croyances et des dogmes de l’hindouisme ou qu’un hindou tourne en dérision le dogme chrétien qui affirme que seule une certaine croyance permet d’être sauvé, car ils sont tous deux logés à la même enseigne. Pour comprendre la vérité de ce qui concerne la croyance, la conviction, le dogme, il faut se libérer de tout conditionnement en tant que chrétien, communiste, hindou, musulman ou quoi que ce soit d’autre. Car sinon, vous ne faites que répéter ce qu’on vous a appris. »
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La méditation
« La méditation n’est pas pour le méditant. Le méditant peut penser, raisonner, construire ou démolir, il ne connaîtra jamais la méditation. Et sans méditation, sa vie est aussi vide que ce coquillage sur la plage. On peut combler ce vide, mais il ne s’agit pas de méditation. La méditation n’est pas un acte dont la valeur se mesure sur la place du marché ; elle possède sa propre action, qui ne se mesure point. Le méditant ne connaît que l’action de la place du marché, avec le bruit de ses trocs et dans tout ce tumulte l’action silencieuse de la méditation ne peut jamais se rencontrer. L’action de la cause qui devient l’effet et de l’effet qui devient la cause est une chaîne qui lie et contraint éternellement le méditant. Une telle action, se situant entre les murs de sa propre prison, n’est pas la méditation. Le méditant ne peut connaître la méditation car elle est au-delà des murs construits par le méditant, élevés ou de basse taille, minces ou épais, qui le séparent de la méditation. »
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Le maître
« Nous ne cherchons un guide, de toute évidence, que par désir de sécurité, de certitude, et de confort moral. Si nous sommes libres d’apprendre, tout nous sera enseignement, les feuilles mortes, toutes les formes de relations et la conscience lucide de nos propres activités mentales. Mais nous n’avons pas, pour la plupart, cette liberté d’apprendre, car nous sommes trop habitués à être enseignés. On nous dit ce qu’il penser par le canal des livres, par le biais de la famille, de la société et comme de bons magnétophones nous répétons ce que nous avons enregistré. »
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La connaissance de soi
« Qu’est-ce exactement que la connaissance de soi ? C’est la perception de la façon dont fonctionne votre propre esprit ; c’est l’étude de vos besoins, de vos désirs, de vos appétits et de vos quêtes, qu’ils soient cachés ou évidents. On n’apprend pas lorsqu’on accumule un savoir. Avec la connaissance de soi, l’esprit est suffisamment libre pour être immobile. Et ce n’est qu’alors qu’entre en existence ce qui est au-delà de la mesure de l’esprit. »
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La mort
« Si vous n’aviez plus qu’une heure à vivre, que feriez-vous ? Ne feriez-vous pas en sorte d’arranger vos affaires extérieures, votre travail, votre testament, et ainsi de suite ? Ne feriez-vous pas venir votre famille et vos amis pour leur demander qu’ils vous pardonnent le mal que vous avez pu leur faire et pour leur pardonner vous-même le tort qu’ils ont pu vous causer ? Ne mourriez-vous pas totalement aux choses de l’esprit, aux désirs et à ce monde ? Et si cela peut être fait pendant une heure, c’est que c’est possible également pendant les jours et les jours qui restent. »
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Simplicité
« Être simple et devenir simple sont deux processus entièrement différents qui débouchent sur des directions totalement opposées. Ce n’est qu’à partir du moment où cesse le désir de devenir qu’apparaît l’action de l’être. »
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L’amour
« L’amour est action, et tout le reste est réaction. Tout acte issu de la réaction ne peut engendrer à son tour que le conflit et la douleur. »
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L’esprit
« La façon dont l’esprit se ment à lui-même n’est-elle pas une chose curieuse ? L’esprit n’aime pas être dérangé, ni ébranlé sur ses vieux fondements, ni qu’on vienne secouer ses habitudes confortables de pensée et d’action. Lorsqu’il est dérangé, il cherche par tous les moyens d’établir de nouvelles limites et de nouveaux territoires où il pourra vivre en sécurité. C’est cette zone de sécurité que, pour la plupart, nous recherchons tous, et c’est le désir de sécurité, d’être à l’abri, qui finit par nous endormir. Les circonstances, un mot, un geste, une expérience, peuvent nous réveiller, nous déranger, mais nous ne pensons qu’à la façon de nous rendormir. Ceci nous arrive sans cesse, et ce n’est pas un état d’éveil. Ce qu’il nous faut comprendre, ce sont les moyens utilisés par l’esprit pour se rendormir. (…) Rester avec son mécontentement sans vouloir l’apaiser. C’est ce désir de ne pas être dérangé qui doit être compris. Ce désir, qui revêt diverses formes, est en fait le désir de fuir ce qui est. Lorsque ce désir cesse – sans qu’il y ait la moindre contrainte, consciente ou inconsciente – la douleur du mécontentement cesse elle aussi. C’est la comparaison entre ce qui est et ce qui devrait être qui est douloureuse. L’arrêt de la comparaison n’est pas l’état du contentement ; c’est un état de vigilance débarrassé des activités du moi. »
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La méditation
« Ne pas être capable de méditer, c’est ne pas être capable de voir la lumière du soleil, les ombres foncées, les eaux étincelantes et la jeune pousse. Mais comme ils sont rares, ceux d’entre nous qui voient tout cela ! La méditation n’a rien à nous offrir. Il n’est pas question de se présenter les mains jointes pour la mendier. La méditation ne nous évite aucune douleur. Elle rend toute chose absolument claires et simples, mais pour percevoir cette simplicité, l’esprit doit s’être libéré, sans raison ni motifs particuliers, de tout ce qu’il a pu rassembler en vue de raisons et de motifs précis. Là est toute la question de la méditation. C’est par la méditation qu’on se purifie du connu. Rechercher le connu, sous une forme ou une autre, c’est un jeu auto-illusoire, et celui qui médite devient alors le maître, l’acte simple de la méditation n’est plus. Le méditant ne peut agir que dans le domaine du connu, ; or, s’il veut que l’inconnu soit, il doit cesser d’agir. L’inconnaissable ne vous sollicite pas, et vous ne pouvez pas non plus le solliciter. Il va et vient comme le vent, et vous ne pouvez pas le capturer et l’emmagasiner pour votre bénéfice, pour votre usage personnel. L’inconnaissable n’a aucune valeur utilitaire, mais sans lui la vie est d’un vide infini. »
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La liberté
« Mais pour comprendre ce qu’est la méditation, il faut interroger, remettre en cause, et le fait d’admettre interdit l’interrogation. Il vous faut découvrir par vous-même le faux en tant que faux et le vrai en tant que vrai. Personne ne peut vous instruire à ce sujet. La méditation est dans la vie et fait partie du quotidien, et la plénitude et la beauté de la vie ne se comprennent que par la méditation. Si l’on ne comprend pas la totalité complexe de la vie, et les réactions quotidiennes au fur et à mesure qu’elles ont lieu, la méditation devient un processus d’auto-hypnotisme. La méditation du cœur, c’est la compréhension des problèmes journaliers. On ne peut aller très loin su l’on ne débute pas par la très proche. (…) Le méditant est le censeur, l’observateur, celui qui fait de « bons » et de « mauvais » efforts. Il est le centre, et à partir de ce point il tisse le filet de la pensée. Mais c’est la pensée qui a créé ce méditant, c’est la pensée qui a établi cette distance entre le penseur et le pensé. Si cette division ne cesse pas, la soi-disant méditation en sert qu’à renforcer le centre, l’expérimentateur qui se situe lui-même en dehors de l’expérience. L’expérimentateur désire toujours ardemment davantage d’expériences, et chacun d’elles renforce l’accumulation des expériences passées qui a son tour régit et modèle l’expérience présente. En sorte que l’esprit ne cesse de se conditionner lui-même, et que l’expérience et la connaissance ne sont plus les facteurs libérateurs qu’ils sont censés être. (…) L’esprit n’est libre qu’à partir du moment où il n’est plus conditionné par ses propres expériences, par le savoir, la vanité, l’envie. Et la méditation, c’est précisément libérer l’esprit de toutes ces choses, de toutes ces activités qui tournent autour du moi et de ses influences. »
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« Là où est l’attention est la réalité. »
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La méditation
« Lorsque vous comprenez que toute concentration sur un jouet, toute action ayant une motivation, quelle qu’elle soit, ne font en définitive que renforcer la souffrance et la malfaisance, c’est cette perspective du faux qui vous permet de voir le vrai, et la vérité engendre sa propre action. C’est tout cela la méditation. »
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